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CITROËN BREAK ID 19F "LUXE", 1965, FABRICATION BELGE
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Voici une très rare ID 19 F du millésime 65 fabriquée à Forest en Belgique. Jean Paul, son heureux propriétaire la possède depuis 2007.

Citrowagon: "Bonjour Jean Paul. Peux tu nous en dire plus sur cette DS break, qui est une vraie rareté !
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Jeau Paul: La voiture fut achetée neuve au printemps 1965 par la société SOLIDOR à Lauwe près de Courtrai en Belgique. Cette entreprise (qui existe toujours) était active dans l’industrie de la chaussure et des articles en caoutchouc ; elle utilisait le break pour les livraisons. La banquette arrière et les strapontins étaient toujours en position repliée et ne furent jamais utilisés. Et c’est bien connu que les articles en caoutchouc font en général peu de griffes !
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Après trois ans et 150.000 km, le joint de culasse lâcha et la voiture fut vendue à une casse de Mouscron (en Belgique, à un jet de pierre de Tourcoing), dont le patron décida de garder le véhicule « au chaud » pour, plus tard, en remplacer le joint vu le bel état du break. Le temps passa et ce ferrailleur, qui en avait visiblement peu, oublia quelque peu la Citroën qui coulait des jours paisibles dans son garage au sec, derrière la casse. De temps en temps, il passait chez Lucien Theuninck, ferronnier d’art à Mouscron, passionné de Citroën et de DS en particulier, pour faire ressouder une jante ou pour d’autres travaux de soudure. Un jour, il dit à Lucien : « J’ai récupéré un beau break. Il faudra que tu viennes le voir un jour. Ou je passerai quand j’aurai changé le joint de culasse. »
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Le temps passa… et, en 1998, trente ans plus tard, le ferrailleur garagiste trépassa. Le garage et la casse furent déblayés par le fils qui, voyant le break empoussiéré, se rappela de Lucien et alla le trouver pour lui proposer de le racheter. Lucien racheta donc le break pour une bouchée de pain.

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Lucien vint d’abord voir l’état général et les roues étaient bien sûr bloquées. Le moteur aussi. Après avoir débloqué les roues et placé des gabarits dans les pistons des suspensions, il fallut couper l’arbre qui avait poussé devant la porte du garage pour pouvoir monter la voiture sur le plateau… Aventure épique !
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Après un nettoyage en règle, Lucien décida de remplacer le moteur 3 paliers, qui était mort, par un 5 paliers (1966) dont il disposait, et de repasser la voiture en liquide vert au lieu du rouge d’origine, pour plus de fiabilité et moins de corrosion. Un voile de peinture fut appliqué à l’extérieur mais l’intérieur resta (et reste encore) strictement d’origine. Lucien, qui de par sa profession, maîtrise parfaitement les métaux et l’art de la soudure décida d’ajouter des joncs en inox sur le bas de caisse et sur le haut des portières, des attributs qui sont normalement réservés aux versions DS Pallas. Il ajouta aussi des baguettes « Pallas » sur les ailes et les portières pour les protéger, mais il les colla au silicone. Normalement, elles sont rivetées, ce qui favorise la rouille… Ces joncs et baguettes ne sont donc pas d’origine mais des accessoires ajoutés qui affinent néanmoins la ligne générale.

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J’ai rencontré Lucien en 2001 alors que je cherchais à acquérir un break ID pour me rappeler mon enfance et manger des madeleines. J’ai vu Carmela pour la première fois à cette occasion. Mais elle n’était pas à vendre car « si je la vends, je n’en aurai plus car il n’y en a plus, des pareilles ! » disait Lucien. Je jetai mon dévolu sur une DSuper 5 de 1974, beige vanneau, intérieur cuir havane et vitres teintées. Très belle aussi !
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Fin 2007, Lucien ayant trouvé un autre break à restaurer (!), il accepta de me vendre Carmela, qui coule aujourd’hui des jours heureux avec nous dans la campagne hesbignonne. En pleine forme l’année de ses cinquante ans !

CW: Merci Jean Paul pour cette histoire, qui, convenons le, est aussi extraordinaire que la rareté de ce modèle"
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Voici le nouveau tableau de bord qui apparait avec ce millésime 65. Le volant change de couleur, il passe au noir.
Le levier de commande de la boite de vitesses change de forme. Sa boule passe aussi du blanc au noir.

Sur ce modèle belge, il y a plus d'interrupteurs que sur son homologue français. Ils commandent en plus les feux de position extérieurs, le feux arrière de brouillard (qui n'est pas d'origine).
Les tapis de sol en caoutchouc sont conformes à la version "luxe".
Je pense que l'horloge n'est pas d'origine.



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Panneau de porte en plastique gris à motifs rectangles. Sur le modèle "luxe", il faudra attendre le millésime 70 pour voir apparaitre un accoudoir. L'énigme du jour: quelqu'un peut'il nous dire à quoi correspond ce décrochement à la partie supérieure de la porte ? Comme toutes les "luxe", ce break est équipé d'une banquette à l'avant, recouvert d'un magnifique et très kitch "similoïd rio".
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Il est très rare de trouver un intérieur en "similoïd rio" dans cet état ! Sur les "luxe" le petit accoudoir arrière est en harmonie avec le revêtement des sièges.
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Les modèles "luxe" n'ayant pas de garniture de montant centraux, cela permet de voir les 2 points de fixation supérieurs des ceintures de sécurité avant apparus au millésime 64.
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Côté mécanique, rien de spécial. Nous avons toujours l'antique moteur "3 paliers" pour mouvoir ce navire amiral ! Ici le moteur a été changé et toute l'hydraulique est passée "au vert", pour plus de fiabilité.
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Détails Belges.
Jusqu'au millésime 69, les DS vendues en Belgique étaient fabriquées dans l'usine belge de Forest. De nombreux détails "exotiques" permettent de différencier une banale DS break française et une DS break belge. En voici une liste (non exhaustive).
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Les plaques de n° de série ne sont évidemment pas les mêmes. En Belgique, les millésimes correspondent à l'année calendaire, étonnant non ? Il faut dire que chez eux, ils ne subissent pas les dommages collatéraux d'un énarque en délire qui se permet de décider qu'une année, ça commence l'année précédente en septembre !
Les plaques de n° de série ont un code "couleur". Pour les DS break, elles sont rouges.
Il existe en plus sur l'unit une plaque de n° de coque. Je n'ai aucune informations sur le sens de cette plaque. Définit'elle l'ordre de fabrication des DS break en Belgique ? Autre chose, est ce que le châssis était'il réellement fabriqué à Forest ? Les châssis pouvaient arriver de javel.
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Les toits des DS break belges sont gris rosé AC 136. Il semblerait qu'ils n'aient jamais reçu une découpe de couleur différente en dessous de la galerie.
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Les hayons inférieurs sont toujours de la couleur de la carrosserie. A propos de couleur, ce break est proposé avec une très belle teinte "rouge carmin AC 411", en France, seule la DS berline 1965 a reçu cette teinte. Le feux arrière de brouillard n'est pas d'origine, il sera obligatoire plus tard en Belgique.
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En Belgique, toutes les DS break, quelque soient leur finitions, recevront des enjoliveurs de roue de type "DS grand modèle".  Les break "luxe" belges ont le droit d'avoir un lave-glace. En France il faudra attendre le millésime 65.
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Les feux de position sont des modèles spéciaux avec une forme spécifique. En France, ils disparaissent dès le millésime 62.
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Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les citroën belges, voici 3 liens intéressants:

L’usine de Forest
http://users.skynet.be/vincent.beyaert/V2004/CIT-Forest.htm

Le garage Citroen de la place de l’Yser à Bruxelles.
http://www.citroenyser.be/histoire

Le très instructif dossier belge du Docteur Danche
http://www.nuancierds.fr/DT%20Belgique%20sommaire.htm
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