La DS break est l'aboutissement de 2 années de recherches visant à proposer à la clientèle un véhicule polyvalent, à la fois pratique pour les artisans, logeables pour les familles et gardant toutes les spécificités techniques des berlines DS. Ce concept en 57, très en vogue aux USA, n'était représenté en France que par le break Simca Marly. Peugeot et Renault ne proposant que de vagues utilitaires poussifs déjà dépassés techniquement par la traction "commerciale", qui n'était pas franchement un modèle du genre.
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Pierre Franchiset, l'homme qui a conçu le "Type H", se voit confier la réalisation de la DS "break". Pour cette réalisation, il est hors de question de tôles ondulées ou autres éléments purement utilitaires. Il faut faire du "beau", de l'utile, avec une image de modernisme, bref faire une "DS à grand volume". Pour contenir les coûts, la plate forme (renforcée) de la berline est conservée, ainsi que tous les éléments de carrosserie jusqu'aux portes arrière. Il est indéniable que Pierre Franchiset s'est inspiré de certains breaks américains et de la plus américaine des voitures françaises, la SIMCA V8 sous sa robe de break, la "Marly". La finition sera celles des ID, mais techniquement, vu les charges transportables, la mécanique et l'hydraulique sera celle des DS.
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Dès Octobre 1957, les fins limiers de l'auto-journal étaient déjà au courant du projet. Après la publication de cet article, on imagine  le ressentiment des hommes de Javel, "l'Affaire" de l'auto-journal est encore dans tous les esprits.
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En Septembre 1958 plusieurs prototypes de DS break sont prêts. Si la partie avant ne présente pas de nouveautés notoires par rapport à la DS berline, l'arrière est entièrement nouveau. Il y a cependant encore de nombreux détails "non-finalisés".
Par rapport au modèle définitif de nombreux détails sont à noter. Les ailes arrière sont plus échancrées. L'aile arrière il n'a pas de tôle devant le support de butoir arrière (le fameux petit chat noir). Les feux arrière sont déjà ceux qui seront produits en série, mais leur support, en aluminium massif, se cherche encore, il n'a pas la découpe en pointe qui finalisera l’esthétique de l'aile arrière. Le catadioptre, qui est déjà définitif, n'est pas encore centré, la vis de fixation de l'aile disparaitra par la suite, derrière le catadioptre. Le hayon inférieur n'a pas la forme définitive, il n'y a pas encore de pare-choc en aluminium. Un bandeau noir entoure les glaces arrière, le reste hayon et caisse, est de la teinte de la carrosserie.
Les éclairages de plaque de police ne seront pas repris sur le modèle de série.
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2 de ces prototypes seront présentés au 45ème salon de l'automobile d'octobre 1958.
Il y aura par la suite 2 autres prototypes présentés au salon des utilitaires de la porte de Versailles en octobre 58. Le bureau d'étude semble encore hésiter sur de nombreux points de détail. La direction de Citroën préfère attendre Septembre 1959 pour le lancement officiel de la DS break. En juillet 1959 les concessionnaires reçoivent les premières documentations techniques et commerciales définitives.

Salon des utilitaires 1958
(porte de Versailles)
45ème Salon de l'automobile jeudi 2 octobre 1958 (au grand Palais à Paris)
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Dès octobre 1958, la clientèle pouvait déjà commander sa DS break, dans les 3 finitions "familiale, break qui sera renommé plus tard "luxe" et commerciale". La finition "confort" n'existe pas encore et la version "ambulance" n'est pas terminée, le prix n'est pas encore défini. Il est intéressant de noter que les délais de livraison étaient de 6 mois. Hélas, pour les acheteurs ayant commandé le ID 19 break au salon 58, il attendrons octobre 1959 (12 mois) pour obtenir enfin leur break! Ceci dit, à l'époque un délai de livraison d'un an était normal pour de nombreux véhicules.
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L'auto journal, qui est toujours "en froid" avec la direction de Citroën, présente dans son édition du 15 octobre 1958 la nouvelle DS break . . . . . .

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. . . . . . il faut dire qu'ils ne font rien pour "détendre l'atmosphère" avec ce petit rappel qui a dû faire grincer des dents beaucoup de dirigeants du double Chevron !
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Au salon d'octobre 1959, Citroën présente enfin ses DS break en version définitive. L'auto-journal la présente dans son édition du 15 octobre 1959.
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Construction de la DS break.
Durant l'été  1959 la production en série du break ID 19 démarre, il sera enfin disponible à la clientèle à partir du premier septembre 1959.
Les coques des DS breaks, ainsi que les hayons et les toits seront fabriqués à la Carrosserie de Levallois à partir de berlines semi-complètes fournies par Javel. Dans un premier temps les coques étaient restituées à Javel dans la même couleur que leur carrosserie correspondante. Devant la complexité de l'opération, au 600ième modèle environ, il a été décidé de les fournir Gris rosé (AC 136). Cela durera jusqu'à la fin de la production (premier semestre 75). Une fois le ferrage et la mise en peinture effectués, les coques reviennent à Javel et intègrent la chaine de montage avec les berlines en première finition. 
Cette "première finition", au premier étage, comporte 4 tronçons: montage des pièces mécaniques (essieux AV et AR), montage des éléments hydrauliques, montage du circuit électrique et habillage intérieur de la caisse (tapis et garnitures etc...)
Ensuite ce qui commence à ressembler à une DS break descend sur la ligne mécanique au rez de chaussée pour y recevoir son ensemble moteur/boite de vitesses. on y monte les transmissions, les freins et la direction.
Elle reçoit de fausses roues et subit les différents réglages de parallélisme et du point zéro. Mise en route du moteur et réglage de la suspension.
C'est par ses propres moyens que notre nouvelle DS break regagne la chaine de "deuxième finition".
On y montait les éléments d'habillage (portes, ailes, etc...). Ensuite c'était au tour des éléments intérieurs. Les sièges arrivaient par gravité sur des toboggans. C'étaient des opérations qui n'étaient pas mécanisées utilisant une main d’œuvre spécialisée nombreuse. 
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Après un lustrage et un contrôle rigoureux d'aspect dans un tunnel très lumineux, les DS break descendaient au sous-sol pour un contrôle d'étanchéité.
1967 1972
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Les DS breaks terminées rejoignaient ensuite le hall de livraison, avec d'un côté les DS prêtes à partir et de l'autre celles qui devaient subir une petite intervention au "plateau retouches".
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A partir de septembre 1969, les DS breaks auront droit au traitement par " électrophorèse".
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Vous trouverez dans ce dossier toutes les étapes détaillées de la construction de la DS.


Dès le début de sa commercialisation, Citroën accentuera le caractère polyvalent de sa DS break.
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 Le succès sera immédiat et durera 16 ans, date à laquelle elle sera remplacé par la non moins révolutionnaire CX break....

Globalement les breaks DS suivront les évolutions techniques des berlines DS correspondantes. On peut même dire que la finition, la carrosserie, les aménagements intérieurs sont assimilables aux ID,  aux DS "confort" à partir du millésime 70. En revanche, techniquement, et quoique l'on en dise, tous les breaks sont des DS.
Une autre particularité des DS breaks, quelques soient leur finitions, elles auront le même aspect extérieur, les carrosseries et ornements seront tous identiques.
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Citroën proposera 6 finitions à ses DS breaks correspondant à des besoins particuliers.

Les breaks "luxe" Les breaks "confort" Les breaks "familiale"
Pour la clientèle "privée", Citroën proposa 3 niveaux de finition.




Les breaks "commerciale" Les breaks "ambulance" Les breaks "funéraires"


Pour la clientèle "professionnelle", Citroën proposera ces 3 versions très différentes.
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Il y aura 16 millésimes de septembre 59 à 76.
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Quand je parle de 16 millésimes, je considère les années 75 et 76 comme étant du même millésime. Les breaks DS vendus de septembre 75 à 76 ne sont que des stocks du millésime 75 (fabriqués à partir de juillet 1974 au premier semestre 75). De plus, les n° de série le confirment, il y a pleins de DS break "76" avec des n° de coque antérieurs à des modèles 75. En réalité, il n'y a eu aucunes modifications pour les modèles commercialisés à partir de septembre 75. Les carrossiers ambulanciers, qui étaient les principaux clients, se sont rués sur les derniers modèles disponibles en stock.
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